Dans son livre « Maman, je ne suis pas malade » (éditions Eyrolles), Karine Buisson raconte le bouleversement provoqué par la maladie psychique de son fils. Un séisme dans la vie de cette femme, alors directrice de création dans l’industrie automobile, qui va souhaiter se former à la pair-aidance familiale. Aujourd’hui, elle exerce cette profession au GHU Paris psychiatrie & neurosciences. Rencontre.
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Sa vie a basculé. Du jour au lendemain. Avec une date ancrée dans sa mémoire, celle du 29 septembre 2017, lorsque Karine Buisson a laissé son fils de 18 ans dans un hôpital psychiatrique de la banlieue parisienne. « Il était en pleine confusion mentale », dit-elle. Un choc pour lui. Une claque pour elle. La suite, Karine Buisson la raconte dans son livre « Maman, je ne suis pas malade » (éditions Eyrolles). Un ouvrage rédigé en une année, parfois à raison d’une douzaine d’heures d’écriture par jour. Un exutoire ? Plutôt l’envie de témoigner. « Pour moi, ce livre a aussi été comme une analyse, une réflexion, une mise à distance », précise Karine Buisson.
« Sans diagnostic, la famille est dans le flou »
Diplômée de l’École supérieure des arts appliqués Duperré, Karine Buisson a été designer, puis directrice de création durant vingt-huit ans dans l’industrie automobile. Un bail. Mais, peu à peu, tout va être remis en cause. Surtout lorsque son fils se sent de plus en plus mal et quand les médecins, au bout de trois ans, posent enfin un mot sur la pathologie et parlent de schizophrénie. Une attente vécue comme « une souffrance » par Karine Buisson : « Sans diagnostic, la famille est dans le flou. » Et avec, elle l’est tout autant. En tout cas, au début. Le temps de « l’acceptation ». Le temps de comprendre que le patient peut se rétablir, mais pas guérir. « C’est dur de voir un proche délirer, entendre des voix et n’avoir plus envie de rien, même pas de ses médicaments », explique Karine Buisson. « J’étais en hypervigilance tout le temps », poursuit-elle en évoquant aussi « l’épuisement » et « la sensation d’impuissance ». C’est à ce moment-là, souligne-t-elle encore, que « j’ai découvert le mot aidant. »
« J’ai voulu faire quelque chose de mon vécu »
« En neuf ans, aucun soignant ne m’a demandé comment j’allais. » Karine Buisson le regrette. Malgré cela, elle reconnaît que « plus le temps passe, plus on ose poser des questions, en vue de créer – ou pas –, une alliance thérapeutique entre soignants, patient et famille ». Tout un cheminement qu’elle décrit et décrypte dans son livre. Tout un parcours durant lequel elle cherche à « donner du sens » à l’épreuve qu’elle traverse. Elle va ainsi profiter d’un plan de départ volontaire au sein de l’entreprise dont elle dirige la création, pour se former. D’abord à l’accompagnement du deuil, puis aux premiers secours en santé mentale et à la psychologie positive, avant de se lancer dans un diplôme universitaire (DU) en santé mentale et neurodéveloppement, au Vinatier à Lyon, « pour légitimiser l’expérience de vécu ». De ce savoir, elle souhaite en faire un métier : « J’ai voulu devenir aidante pour donner ce que je n’ai pas eu et faire quelque chose de mon vécu », dit encore celle dont le mémoire s’intitule « Trouver son juste positionnement ». Karine Buisson parle aussi de « réparation ». Alors quand un poste s’est ouvert au Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie & neurosciences, elle a candidaté. Son profil a plu. Résultat : depuis six mois, Karine Buisson travaille comme pair-aidante familiale. Un métier où elle accueille, écoute, soutient et oriente les proches d’une personne vulnérable. Un métier qu’une vingtaine de personnes seulement exercent aujourd’hui en France.
« Maman, je ne suis pas malade », de Karine Buisson – éditions Eyrolles – 237 pages – 17 €
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